Déboutonner la mode
Mai
2015
Loïc Allio a collectionné plusieurs milliers de boutons datant du XVIIème au XXème siècle. Sa collection fait aujourd’hui l’objet d’une exposition au Musée des Arts Décoratifs intitulée Déboutonner la mode.
J’y suis allée tout d’abord car c’est une collection que j ‘aurais carrément pu faire si j’avais été une collectionneuse. J’adore les petits détails, et les boutons ne sont rien d’autres que des petits détails plus ou moins fonctionnels qui servent à sublimer le vêtement.
L’exposition est extrêmement bien faite. Le parcours chronologique nous permet de voyager à travers le temps et de voir à quel point le bouton, comme tout autre objet de mode, adopte les styles du moment. Pendant la révolution, on a des boutons « révolutionnaires » bleu, blanc, rouge. Au début du XXème siècle, ce sont de boutons art nouveaux qui ressemblent à des miniatures d’entrée de métro (photo tout en haut).
Ce vêtement est extraordinaire. Je suis resté 10 minutes devant. La finesse des broderies est stupéfiante.
Porcelaine, bois,nacre, fer, broderie, pierre, corne, acier, paille… A travers le bouton, c’est un inventaire infini de matières travaillées, qui sont autant de corps de métiers représentés. La plupart de ces boutons sont de vraies créations artisanales. D’ailleurs, la visite commence avec un inventaire des matières et techniques présentes dans l’expo.
Voici les boutons révolutionnaires. Les principales étapes de la révolution sont illustrées dans divers matériaux.
Ici, les récits mythologiques, sous le thème des amours des dieux, sont traités en grisaille, en métal ou en faïence fine.
Ici ce sont des boutons brodés pour des habits et gilets d’homme.
Les boutons sont le reflet des différents mouvements qui ont marqué la création occidentale. C’est notamment le cas des Arts Décoratifs qui ont marqué la seconde moitié du XIX ème siècle. L’influence du Japon appelé « japonisme » puis de l’Art nouveau s’incarne dans tous les domaines, mobilier, mode, tissu, bijoux… jusqu’aux boutons.
Orfèvres et joailliers composent ainsi des boutons en métal ajouré, ciselé, emaillé.. qui sont offerts comme cadeaux précieux, en parures, destinés aux vêtements de jour.
Le bouton est, aujourd’hui, devenu assez ringard. Lorsqu’il n’est pas fonctionnel, il est basique, en nacre ou plastique, et surtout uni. Il ne viendrait à l’idée de personne d’offrir une parure de boutons, d’autant plus que personne ne sait coudre, et que les services d’une couturière coute 4 fois le prix du vêtement. Mais j’aime l’idée d’offrir une parure de boutons en cadeau.
Ceci est un catalogue de boutons. Joli non ?
Les boutons peuvent aussi être des oeuvres d’art. Les maisons de couture font appel à des artistes pour réaliser des pièces uniques pour leur vêtements. Ainsi, Elsa Schiaparelli fait appel à Jean Arp et Giacometti, et Paul Poiret à Maurice de Vlaminck.
On tombe aussi sur de véritables bijoux. Dès son apparition en Occident le bouton oublie vite sa fonction première d’objet utile et dès lors, orfèvres et joailliers composent des parures de boutons faisant appel aux mêmes techniques que celles employées pour la réalisation de bijoux. Au XXème siècle Balenciaga, Dior, Balmain, Yves Saint Laurent … font appel aux grands joailliers de la place Vendôme pour leur réaliser certains boutons.
L’expositions se termine avec de photos où le bouton est très présent dans le vêtement.
Personnellement j’ai adoré cette exposition, elle m’a apporté plus d’inspiration que n’importe quel voyage autour du monde.
Je vous conseille vraiment d’aller la voir. En plus, comme les boutons n’intéressent personne, l’expo est presque vide et vous pouvez les observer à votre guise sans faire la queue (ce qui est pas mal pour une exposition aux musée des Arts Déco.). La moyenne d’âge des visiteurs confirme bien que le bouton est d’une autre époque.